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La Noctuelle méditerranéenne Spodoptera littoralis (Biosduval)

Synonyme : Hadena littoralis (Biosduval)

Autres noms communs : "le ver du cotonnier", "la noctuelle africaine du coton", "prodénia"

Ordre : Lepidoptera

Famille : Noctuidae

Statut réglementaire :

  • Organisme réglementé pour l'importation au sein de l'annexe IV - I et pour le Passeport Phytosanitaire Européen (PPE) au sein de l'annexe IV-II de la directive Européenne 2000/29/CE modifiée retranscrite dans l'arrêté national du 22 novembre 2002.
  • Organisme nuisible de lutte obligatoire listé dans l'arrêté national du 31 juillet 2000.

Source photo : Christophe Avenas, Canico

Carte de repartition de Spodoptera littoralis

Fiche technique

Répartition géographique

On trouve ce ravageur en Afrique, Asie et en Europe.

Dans le bassin méditerranéen, cette noctuelle est largement répandue en Algérie, Chypre, Egypte, Espagne, Israël, Liby, Malte, Maroc ; localement établie en Grèce, Italie (en plein champ dans le sud, en serre dans le nord), dans le sud de Portugal et en Tunisie. Concernant la France, jusquà présent S. littoralis était déclaré comme absent par l'OEPP.

En septembre 2009, ce ravageur a causé des dégâts très importants en Corse (au sud de Bastia). Les cultures maraîchères fortement touchées étaient les blettes et les salades. En ornement, de gros dégâts ont été observés sur arum et anémone. 

Les années précédentesn'ont pas connu de telles attaques bien que S. littoralis semble être présent en Corse depuis plusieurs années comme le prouvent des individus capturés à Ajaccio en 1975 (collection de l'INRA de Montpellier). La cause d'une telle explosion de S. littoralis au sud de Bastia été/autumne 2009 n'a pas pu encore être expliquée.

L'hypothèse de ré-introduction à partir de l'Italie sur des plants n'est pas à exclure pour expliquer cet épisode.

Source image : OEPP

Dégât sur feuilles de blettes

Plantes hôtes

La noctuelle méditerranéenne est totalement polyphage. Elle attaque les solanacées, les crucifères, l'artichaut, le fraisier, les légumineuses fourragères, le maïs, le cotonnier, la tomate, le poivron. En Italie, l'espèce sévit surtout dans les serres où elle provoque des dégâts aux productions horticoles.

En Sicile, ce sont les plantes potagères et les légumineuses fourragères qui en sont victimes, ainsi que le maïs.

Dans le sud du bassin méditerranéen, la noctuelle attaque les cultures industrielles (tomate, piment doux, cotonnier, maïs) et légumières.

Morphologie

A) Les oeufs

En général, marron-orange clair ou jaune blanchâtre, couverts d'écailles. A peu près 0,6 mm de diamètre et pondus en grand nombre sur les parties basses des plantes.

B) Les chenilles

Atteignent 40-45 mm de longueur; de couleur variable (gris noirâtre à vert foncé, marron rougeâtre ou jaune blanchâtre); le côté dorsal porte deux tâches noires en demi-lune sur chaque segment, excepté le prothorax.

C) Les nymphes

15-20 mm de longueur; deux petites épines sur l'extrémité de l'abdomen.

D) Les adultes

Corps gris-brun; ailes antérieures brunâtres avec des reflets violacés et du jaune paille le long de la nervure médiane; ailes postérieures blanchâtres avec le bord antérieur brun.

  • S. littoralis adulte (source: Christophe Avenas; Canico)
  • S. littoralis chenille (source : Christophe Avenas; Canico)
  • S. littoralis chrysalides (source : Esmat M. Hegazi, University of Alexandria, Bugwood.org)
  • S. littoralis oeufs (source : O. Heikinheimo, Bogwood.org)

Biologie

Les adultes sont nocturnes et se nourrissent du nectar des fleurs. Durant le jour ils se tiennent souvent à la face inférieure des feuilles.

Les papillons sont fortement attirés par les terrains récemment irrigués.

Lors de sa vie, une femelle pond en moyenne 1000 oeufs. Les oeufs sont pondus en paquets de 30-300 sur la face inférieure des feuilles de la plante hôte. La fécondité est affectée par les fortes températures et une faible humidité (environ 960 oeufs pondus à 30°C et 90% HR et 145 oeufs à 35°C et 30% HR).

La mortalité naturelle des oeufs est très faible, une larve émerge de presque tous les oeufs.

Les larves des deux premiers stades sont extrêmement sensibles aux conditions climatiques. Les températures supérieures à 40°C ou au-dessous de 13°C peuvent entraîner une mortalité accrue. La mortalité naturelle des larves est élevée, la plupart succombent à de nombreux parasites ou maladies. Des conditions climatiques défavorables telles que la pluie, la chute des températures et les journées courtes augmentent la mortalité et prolongent les stades larvaires.

A 25°C, le cycle biologique dure 5 semaines (6 à 7 stades larvaires : environ 20 jours; phase nymphale : 12 jours; phase adulte : 4 à 12 jours). En zones tropicales il peut y avoir jusqu'à 8 générations par an. En serre on en observe jusqu'à 7.

Les plantes hôtes peuvent influencer la durée nécessaire au développement.

L'espèce hiverne sous forme de larves de dernier stade dans le sol. Les larves se développent lentement pendant l'hiver et se nymphosent au printemps.

La noctuelle peut voler sur des grandes distances (jusqu'à 1,5 km pendant 4h) ce qui facilite sa dispersion.

Dégâts

S. littoralis est un des lépidoptères les plus ravageurs dans sa répartition subtropicale et tropicale.

Les chenilles restent groupées pendant quelques temps près de l'endroit de ponte et forment une colonie qui se disperse petit à petit. Elles rongent le parenchyme de la face inférieure des feuilles jusqu'à l'épiderme supérieur. Dès le 2nd ou 3ème stade, elles se dispersent et creusent des trous de plus en plus larges dans les feuilles. En fin de développement, leur activité devient nocturne; elles se cachent alors la journée sous les feuilles basses ou s'enterrent au pied des plantes.

Les chenilles sont surtout défoliatrices bien qu'elles puissent s'attaquer également aux graines et aux organes fructifères des plantes.

En Europe, les dégâts provoqués par S. littoralis étaient minimes jusqu'en 1937. En 1949, il y a eu une explosion des populations de larves catastrophique dans le sud de l'Espagne. Les principales cultures attaquées étaient la luzerne, les pommes de terre et les cultures horticoles.

Moyens de lutte

Spodoptera littoralis semble installée sur l'ensemble du territoire corse depuis de nombreuses années. Son éradication ne semble donc pas envisageable et le développement d'une stratégie de lutte est indispensable.

- Lutte chimique :

De très nombreuses substances actives ont été utilisées à travers le monde pour lutter contre cet insecte avec l'apparition de résistance fréquentes et croisées.

Il s'agit d'une noctuelle classique contre laquelles il existe des produits homologués en France à raisonner en fonction des cultures touchées.

Pour connaître les produits homologués sur cet organisme, consulter le site de e-phy : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/

- Lutte biologique :

De très nombreux parasitoïdes et entomopathogènes ont été signalés sur S. littoralis .

En Espagne, les deux nématodes Steinernema feltiae et Heterorhabditis bacteriophora sont utilisé comme moyen de lutte biologique.

Un auxiliaire utilisé est Macrolophus caliginosus (Warner) une punaise Miridae.

Bacillus thuringiensis a déjà été utilisée mais comme pour la lutte chimique des résisitances sont apparues.

- Autres techniques de lutte :

Dans plusieurs pays chauds le ramassage des oeufs à la main a été utilisé. Il semble que au début du développement de la population les oeufs se trouvent surtout sur les plantes des abords qui ne sont pas forcement des plantes hôtes elles mêmes (tomate p.e.). Un contrôle de la culture seule ne suffit donc pas.

 Le piégeage de masse par phéromone (25 pièges/ha) et de la confusion sexuelle sont également des techniques de lutte utilisées.